Bullet Journal, le champion de l’organisation… ou de la névrose obsessionnelle?

J’ai découvert le Bullet Journal, ou BuJo pour les intimes, il y a un peu plus d’un an.
Si vous ne connaissez pas encore, allez faire un tour sur le site d’origine du Bullet Journal (en anglais) ou sur le blog de Soho Hana (en français).
Le concept de base du BuJo est d’améliorer l’organisation, donc l’efficacité et la productivité au quotidien.
En fait, si on va traîner un peu sur le net, on s’aperçoit que la plupart des utilisateurs (ceux qui postent des photos de leur BuJo, du moins) en font de véritables œuvres d’art plutôt qu’un outil.
Comme des centaines d’autres néophytes, j’ai d’abord passé des heures à concevoir des dizaines de pages, à chercher le carnet parfait, les meilleurs stylos, des designs de frises, des tampons, du washi tape…
C’était pas très efficace, mais agréable et créatif, du moins c’était mon excuse pour y passer tant de temps.
Mais petit à petit, j’ai donné la priorité à l’efficacité plutôt qu’à l’esthétique.
J’ai exploité le côté outil autant que possible. Plus que de raison, même. Je pensais avoir trouvé l’arme suprême pour vaincre ma flemmardise, ma procrastination légendaire, et enfin atteindre mes objectifs. C’est le rêve à la mode en ce moment, ça tombait à pic!
J’ai non seulement pris un mini BuJo de poche asez basique, un petit carnet A6 qui remplace mon agenda, avec un planning annuel et mensuel, des « habit trackers », et des « to do lists » à la pelle.
Mais à côté de ça, j’ai aussi un classeur de suivi de tout ce qui concerne la famille et la maison, dans lequel j’ai créé des dizaines de pages, prise par l’euphorie du moment: anniversaires, santé des humains, suivi véto des animaux, menus, recettes cosmétiques, ménage, travaux, budget, planning familial…
Et un BuJo dédié à l’écriture, qui s’est développé en un classeur général où je rassemble les notes diverses, les références, les livres à lire, les idées de projet et en vrac… plus un cahier spécifique pour le roman en cours.
Bon. J’ai un peu abusé, en fait. Je suis devenue une extrémiste du BuJo.
J’ai tenu quotidiennement pendant plusieurs mois une page de « habit trackers » où je suivais jusqu’à 7 rubriques: consommation d’alcool, consommation d’eau, jeux vidéo, lecture, écriture, exercice physique / étirements, et poids.
Je me suis mise à noter aussi toutes mes dépenses de façon détaillée.
A la fin de chaque mois, je faisais un bilan de ce que j’avais consigné.
Ça a été très instructif dans le sens où à la fin du mois, le bilan ne correspondait pas forcément au ressenti que j’en avais, et j’ai pris conscience de certaines choses à travailler, à améliorer, ou à surveiller.
Mais à la longue, c’est surtout devenu une contrainte fastidieuse. Je voulais tout suivre, du coup, dès que je faisais quelque chose, il fallait noter, cocher, consigner dans un carnet, voire dans plusieurs. J’ai lâché certaines pages, certains trackers, au fil des mois.
Et puis j’ai eu comme un burn-out. Trop d’efficacité, trop d’analyse, trop de productivité.
J’avais le sentiment de devenir une véritable « control freak ». L’impression de regarder ma vie au microscope pour soi-disant l’optimiser, mais au final, oublier de la vivre tout simplement. Je passais plus de temps à cocher des cases sur mes multiples carnets qu’avec ma propre famille. Et là, ça devient dangereux.
En y re-réfléchissant, sur les blogs de bullet journalling, ou les groupes Facebook auxquels je me suis inscrite, je me suis aperçue qu’il y a quand même une grande majorité de pratiquants pas mal névrosés. Moi la première! 😉

J’ai l’impression que les gens qui sont attirés par le concept sont souvent (comme moi) des gens à tendance obsessionnelle, des gens un peu trop perfectionnistes. Et que le BuJo risque d’amplifier ces traits. C’est ce qui m’est arrivé cette année, et je me suis fait un peu peur, j’avoue.

Je me demande à quel point le BuJo participe à la névrose, ou l’entretient? En fait, je ne remets pas en cause le BuJo en tant que tel. C’est un outil fabuleux, mais comme tous les outils, il peut être dangereux si mal utilisé. Et c’est vraiment facile d’en abuser.

Alors, au point où j’en suis aujourd’hui, qu’est-ce que je veux garder du BuJo?
Je compte bien conserver mon petit carnet de poche, parce que son organisation est bien plus souple que dans un agenda du commerce. Mais j’arrête les trackers à toutes les sauces! Je note les jours où j’en ai envie, tant pis si ce n’est pas régulier.
Dans le classeur familial, finalement, je ne tiens finalement à jour que le suivi véto des animaux (avec 2 chats, 2 chevaux et 1 chien, c’est quand même bien pratique pour ne pas louper le vermifuge des uns, le vaccin des autres…) et une version allégée du budget.
Pour ce qui est de l’écriture, finalement mon classeur n’a plus grand chose à voir avec un BuJo, c’est davantage devenu un classeur de référence, et en cela il est très pratique, et je n’ai pas besoin de l’ouvrir tous les jours. Pas besoin donc d’y intégrer un planning, par exemple.
Le seul champ où le BuJo reste véritablement utile à mon sens, c’est pour un projet spécifique. Donc, pour moi, mon roman en cours. Je suis partie d’un modèle proposé par Rachael Stephen (vidéo Youtube en anglais: How to Organize Your Novel in a Bullet Journal).
En résumé pour les non anglophones, elle conserve l’index et l’architecture globale, mais à la place du planning annuel elle prévoit les différentes phases d’écriture (premier jet, révision,…), puis à la place du planning mensuel/quotidien elle avance par chapitre/scène.
Concrètement, une fois les pages d’organisation faites, j’y consigne ce que j’ai fait à chaque session (temps passé, chapitre travaillé), ce que je planifie pour la suite, et des notes de recherche spécifiques à ce roman. Je l’utilise aussi quand je suis bloquée, en écriture libre: ça me permet de poser les questions qui me taraudent, les problèmes que je n’arrive pas à résoudre, et faire du brainstorming.
En conclusion, le Bullet Journal, c’est comme l’alcool et les jeux vidéos: à consommer avec modération!
Non, sérieusement, c’est un outil génial, mais il vaut mieux se connaître pour ne pas se faire bouffer par le perfectionnisme et le productivisme à outrance. Il faut que ça reste un outil, et pas que ça empiète sur la vie réelle.
Et comme dans la vie en général: à bas la perfection sous toutes ses formes!

Gean qui meurt & Gean qui rit.

C’est lui, mon roman en cours!

C’est du fantastique, dans le sens où ça se passe dans un univers imaginaire, mais assez proche de notre monde, plutôt post-apocalyptique qu’épique, quoi. J’ai encore beaucoup de mal à le décrire, peut-être par peur de le lâcher, ce bébé que je porte en moi!

Donc aujourd’hui ce sera plus sa genèse qu’un résumé 🙂

J’ai commencé le premier jet en novembre dernier lors du National Novel Writing Month, ou pour les intimes le NaNoWriMo. Si vous ne connaissez pas encore, c’est un programme international né aux États-Unis, et un défi personnel, dans lequel il s’agit d’écrire un roman de 50.000 mots en 30 jours, au mois de novembre chaque année.

J’avais tenté l’aventure la première fois en 2016, sans préparation, et j’avais tout juste dépassé les 25.000 mots. Le projet est resté en plan depuis.

Cette fois-ci, je me suis préparée sérieusement. Je ferai un article sur les ressources fabuleuses qui m’ont aidée à y voir plus clair et à planifier mon histoire avant le début du NaNoWriMo.

En novembre 2017 j’ai fièrement passé la barre des 50.000 mots fin novembre! Sauf que… au niveau du scénario, j’en étais tout juste à la moitié. Pas de problème, j’étais lancée, je me disais qu’en décembre je pouvais écrire la deuxième moitié sur ma lancée. Mais 50.000 mots en un mois, mine de rien, c’est un gros investissement, en temps, et en énergie aussi. J’ai lâché le rythme, presque rien écrit en décembre.

Pour me motiver à m’y remettre, je me suis inscrite à 85K90, un autre programme d’écriture qui lui s’étale sur l’année complète. Le rythme est plus facile à tenir, mais reste assez soutenu, puisqu’il s’agit d’écrire 90.000 mots entre janvier et mars, puis de passer à la phase de révision en mai et juin, avant d’attaquer le phase de préparation à la publication à partir d’août.

Avec mes 50K déjà écrits, ça aurait dû être super facile de finir en 3 mois, hein! Et ben non, ça n’a pas marché. Parce qu’il y a un moment où le cerveau dit « stop! », il y a des gens qui appellent ça un burn-out, et c’est un peu ce qui m’est arrivé. J’ai finalement fait un break complet au mois de mars, et en avril j’ai enfin bouclé mon premier jet!

Depuis… je révise, je corrige. Pas si facile! Autant sur la phase d’écriture, je pouvais me perdre dans les ressources, les conseils, les références, en ligne et en livres. Autant sur la phase de révision, il y a très peu de support technique, il faut vraiment trouver son organisation personnelle, et il est plus difficile de partager sa progression sur les réseaux.

Je me demande si je devrais me lancer dans l’écriture d’un autre projet en parallèle, histoire de retrouver la magie de la création. Mais mes personnages attendent depuis si longtemps (mon personnage principal me trotte dans la tête depuis que j’avais 17 ans quand même!), et on est si près du but finalement, que j’hésite.